Ma crise existentielle de la vingtaine

Je n’ai pas de BAC.

Jusqu’à tout récemment, je n’avais jamais mis les pieds à l’université. J’ai 26 ans et j’ai gradué du Cégep il y a six ans.

Je n’ai pas de BAC et je le vois beaucoup comme un échec.

Alors que plusieurs ont cette maudite ligne sur leur CV, moi, j’ai des années d’expérience variée qui ne sont pas vraiment reconnues.

La société veut que tu ailles à l’université pour un futur prometteur, rempli d’argent, d’opportunité et d’accomplissement. C’est ce qu’on nous enseigne. Et moi, je suis en opposition à la société parce que je ne veux pas aller à l’université. Mon idéal à moi, c’est de réussir sans aller à l’école et j’admire ceux qui l’ont fait.

Je le ferais moi aussi, si je savais un peu mieux ce que je voulais faire. J’ai 26 ans pis j’me cherche encore.

Mes parents ont toujours voulu que j’aille à l’université.

Et pour cette raison-là, j’ai le sentiment d’avoir un train derrière moi qui me pousse à aller plus vite depuis les six dernières années.

J’ai passé cinq ans sur le marché du travail à tenter de m’accomplir professionnellement, à vouloir montrer que je réussissais, moi aussi, même si je n’avais pas de BAC. À vouloir montrer que j’avais autant de compétences que l’autre. J’acceptais les offres de travail qui se présentaient à moi. Je travaillais fort, peut-être deux fois plus fort que d’autres, pour prouver ma valeur. Et je ne sentais jamais que j’étais à ma place. Je n’étais jamais satisfaite de moi-même.

C’est là que j’ai eu ma crise existentielle.

Bien franchement, je n’ai toujours pas envie de retourner à l’université. Pour moi, ce serait un pas en arrière. Et les offres d’emploi qui s’offrent à moi présentement ne sont pas assez bonnes pour moi. Je suis dans une impasse. Je ne suis pas prête à faire aucun compromis.

Je n’ai jamais vraiment aimé l’école. Je n’étais pas la fille la plus studieuse ni la plus attentive en classe. Encore aujourd’hui, je sais pas c’est quand que Jacques Cartier a découvert le Canada, pis j’sais pas la formule à utiliser si Guillaume perd 2.50$ dans sa journée de travail de 8 heures, pendant 6 jours, moins ses 15 minutes de pause, mais j’pense que j’suis une bonne fille pareil. En plus, je regarde Taxi Payant pour rattraper les années perdues.

La vérité est que j’ai réalisé qu’à 25 ans, je n’étais pas au point dans ma vie où je pensais l’être. On s’est tous fait des plans, des plans de quand-on-sera-grand, autour de la piscine, l’été de nos 18 ans. Ces plans-là, à 25 ans, j’ai dû les effacer pour m’enlever de la pression.

J’ai aussi réalisé que je me battais tout le temps à faire quelque chose que je n’aimais pas, juste pour me cacher derrière le titre sécuritaire qu’est le titre d’employé. Comme si avoir un travail voulait dire papa-maman-je-suis-une-adulte pis que tout allait bien.

J’ai toujours été une fille très occupée. J’ai pris des cours de chant, de piano, de danse, de peinture. J’ai joué au soccer compétitif pendant plus de 15 ans, minimum deux fois par semaine. J’étais bonne un peu dans tout.

À 25 ans, j’ai réalisé que je ne faisais plus rien de tout ça. Je ne faisais plus rien pour le plaisir. Inconsciemment, je vivais en fonction de ma peur de l’échec. Je voulais trop être une adulte.

J’ai décidé de quitter mon travail. J’ai décidé que mon bien-être était plus important que ma paie. Je voulais me ressourcer, me repositionner. J’ai réalisé que le chemin que j’avais pris n’était plus le mien, mais bien celui que j’avais pris pour bien parraître.

J’ai remis en question tout ce qui m’entourait et tout ce que j’avais bâtit jusqu’à présent, à savoir si la personne que j’étais devenue était bien celle que je voulais être. C’est venu avec son lot d’anxiété et de culpabilité, mais il n’y a rien de comparable au sentiment d’être de plus en plus cohérente dans ce que tu penses, ce que tu dis et ce que tu fais.

J’ai eu peur. Peur d’avoir l’air moins bonne que les autres. À 25 ans, pas de travail, pas de plan, j’ai l’air de quoi ?

J’ai eu peur de décevoir mes parents, peur qu’ils ne soient pas fiers de leur fille. J’ai eu peur de décevoir mon chum, peur de ne plus être assez intéressante. J’ai eu peur d’être jugée par mes ami(e)s aussi. Parce que l’instabilité et l’inconnu, ça fait peur à tout le monde.

J’ai donc continué d’accepter les offres de travail qui se présentaient à moi. Je n’étais pas prête à m’arrêter pour de bon et de confronter mes peurs.

Aujourd’hui, j’apprends à m’arrêter. J’apprends à prendre le temps nécessaire à découvrir qui je suis. J’apprends à rêver et à ne pas me presser. Parce que je n’avais jamais pris le temps avant.

Je me suis posée la question suivante : « Si tu pouvais te réveiller demain matin et faire quelque chose que t’aimes, ce serait quoi ? »

J’ai entrepris les démarches pour voir une conseillère en orientation et une psychologue.

Je ne travaille plus.

Je reprends des activités créatives pour me stimuler.

Ce sont mes trucs à moi.

Je n’ai pas pris le chemin le plus fréquenté. Souvent, je sens encore que j’suis late. Pas fashionably late. Juste late. Je sens que les gens autour de moi sont de jolis papillons et que moi j’suis encore pognée dans mon cocon. Mais j’ai appris à reconnaître que les apparences sont souvent trompeuses. Je suis de la génération où tout le monde veut vivre de sa passion, s’accomplir et vivre pleinement. Y a une compétition de qui-mène-la-meilleure-vie un peu partout.

J’apprends qu’il ne faut pas se laisser influencer par les autres. Il faut s’écouter et faire confiance à son jugement. Il faut mettre en place des moyens pour s’aider, mais un jour à la fois.

Aujourd’hui, j’avais un rendez-vous avec ma psychologue, j’ai pris le temps d’écrire et de boire mon café, pis je vais aller au gym bientôt. Je trouve que c’est une bien bonne journée.

J’ai la chance aussi d’avoir quelqu’un qui me soutien à 100%. Quelqu’un qui m’écoute, quelqu’un qui me permet d’être authentique et d’y aller à mon rythme. Quelqu’un qui est ouvert au changement. Quelqu’un qui m’a permis de voir mes plans comme des buts, sans date limite. Quelqu’un qui me voit encore comme la personne ambitieuse, motivée et dévouée que j’étais et que je serai toujours. Mon fiancé.

Les crises existentielles sont passagères, mais elles sont là pour une raison. Elles sont là pour nous réveiller et nous rediriger. Avec les bons outils, elles peuvent durer moins longtemps. Le plus difficile est de commencer, ou en fait, de recommencer.

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Amie, soeur, fille et fiancée. Fière enthousiaste du minimalisme, je suis pour une vie simple, cohérente et créative. Je prends le temps de vivre et d'écrire. J'aime le beau et je prends beaucoup de photos.
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